Par AR (ABAVBA)–12 avril 2026
Au cœur de l’Anti-Atlas, là où les falaises ocre de Slilou, entre Tinghir et Ouarzazate, défient les vents du désert, est né un phénomène musical : Tasuta n-Imal.
Le 17 avril, Tasuta n-Ima posera ses valises au Blue Note d’Agadir pour ouvrir un Tour 2026 ambitieux, reliant le Souss au cœur battant de l’Europe.
Pour la communauté d’Agadir, berceau imazighen où l’identité amazighe vibre dans chaque mélopée, ce concert promet d’être un retour aux sources – électrisé, contemporain, universel.
Origines : un village, une vocation
Tout commence en 2008, lorsque deux frères du minuscule village de Slilou, Hassan Amzil (chant principal et bendir) et Abdessamad Amzil (guitare lead), décident de donner chair à leur passion.
Dès 2014, le groupe s’est étoffé en formant un sextet pour embrasser pleinement sa vocation artistique.
Ismail Khalis (basse), Abdelali El Yakoubi (batterie, djembe), Redouan Ourabeh (cajón) et, récemment, Farid Drif (guitare), originaire de Kelaat Mguna près de Tinghir, qui a rejoint la formation suite au départ d’Abdelkrim Aynaz, composent avec les fondateurs du groupe, aujourd’hui, un ensemble soudé, prêt à conquérir les scènes du Maroc et d’Europe.
Le nom Tasuta n-Imal, “génération future” en tamazight, n’est pas anodin : il traduit une urgence – préserver et transmettre l’héritage des nomades et sédentaires de l’Anti-Atlas face aux mutations du monde.
Une alchimie sonore : traditions et horizons
La musique de Tasuta n-Imal est un pont entre époques et continents.
Elle puise dans le réservoir ancestral amazigh : les danses rythmées de l’Ahidus, les chants collectifs de l’Ahwash, les lamentations poétiques des Izlan n Tyerza ou les mélodies contemplatives de la Tagnawit.
À cela s’ajoutent des strates modernes – riffs de rock, slides blues, pulsations pop et grooves desert rock – pour une fusion qui transcende les frontières stylistiques.
Les textes, exclusivement en amazigh, explorent l’histoire des montagnards, les luttes quotidiennes et des valeurs intemporelles : solidarité clanique, amour filial, paix tribale.
Leur discographie pose les jalons : l’EP inaugural Tamlalte (2018, nom de l’Anti-Atlas), les singles “Sigham Olinw” (2019) et “Fadma” (2021), et un premier album en préparation qui s’annonce comme un jalon.
Triomphateurs au Festival Timitar 2024 à Agadir, au Festival Amazingh à Taghazout Bay, lors d’un live explosif en Pologne ou au Paléo Festival en Suisse, ils naviguent avec aisance entre scènes locales et internationales.
Signes et symboles : une esthétique engagée
L’affiche du Tour 2026, aux teintes rouge sang et or solaire, capture l’essence visuelle du groupe : six portraits solaires, dreadlocks au vent, drapés de ponchos rayés.

Mais c’est leur bijouterie rituelle qui frappe : chaque musicien porte les lettres TNI en alphabet tifinagh – abréviation précise de Tasuta n-Imal –, un symbole graphique forgé dans l’argent du Sud marocain, où le métal précieux incarne la protection, la force et la continuité linguistique amazighe.
L’écharpe multicolore, nouée avec soin, déploie un arc-en-ciel de teintes évoquant la palette des oasis, des roches et des fêtes tribales – un manifeste de diversité amazighe, où chaque couleur honore une vallée, un clan, une saison.
Ces attributs, loin d’être décoratifs, forgent une identité scénique immédiatement reconnaissable, un étendard porté collectivement.
Le Tour 2026, tour d’exception : du Souss aux capitales européennes
Ce périple, annoncé par une affiche magistrale, débute au Maroc avec une ferveur printanière : Blue Note Agadir (17/04, low ticket), un kick-off à Casablanca (22/04), puis une immersion rifaine aux Instituts Français d’El Hoceima (25/04), Nador (28/04) et Berkane (29/04). L’été flambe à Tanger American Legation (25/06) et L’Uzine Casablanca (26/06).
L’Europe s’ouvre en juin : Chez Alriq Bordeaux (27/06) et Maison Blanche Toulouse (28/06) en France ; GoodGood Fest Göttingen (04/07) en Allemagne ; Jazz Café Londres et JamJar Bristol (11-12/07) au Royaume-Uni. L’Italie vibre avec Fano Jazz (01/08), Reveira Jazz & Blues (02/08) et Ariano Folk Festival (21/08) ; l’Allemagne résonne à l’Ancient Trance Festival (07/08) ; la Belgique explose au ZVA Festival Anvers (12-16/08, cinq dates marathon) ; enfin, Au Bon Coin Fest France (29/08). Un itinéraire qui cartographie l’ascension d’une amazighité globale.
Un appel à Agadir : racines et horizons
Dans le Souss, terre des Imazighen ⵜⴰⵛⵍⵃⵉⵜ, langue amazigh où les tidets1 et ahidus2 hantent encore les veillées, Tasuta n-Imal apparaît comme un miroir fidèle et audacieux.
À cinq jours du concert, ils ne sont pas qu’un spectacle : ils sont des passeurs de mémoire, des architectes d’avenir.
Pour les aînés, un écho des vallées natales ; pour la jeunesse, une invitation à réinventer l’identité amazighe dans un monde connecté.
Assistez nombreux à Agadir à cette genèse musicale au Blue Note. Tasuta n-Imal ne joue pas seulement des notes : ils tissent le fil d’une génération future, prête à conquérir le monde depuis les cimes du Sud.
- Variante ou forme locale chleuh du Souss pour des chants ou rythmes traditionnels (parfois orthographié “tidet” ou lié à “tiddet”), souvent associée aux ahwach (danses collectives féminines du Souss avec percussions et poésie) ↩︎
- Danse et genre musical amazigh emblématique, pratiquée en cercle ou ligne par hommes et femmes, avec percussions (bendir, taarija), chants collectifs et rythme ternaire (12/8). Typique du Moyen Atlas (Khenifra, Azrou, Ifrane), mais très présent dans le Souss et Anti-Atlas ↩︎
Source : TASUTA N-IMAL | Music In Africa, Coup de cœur : « Talguit’art » de Farid Drif , talentueux guitariste et chanteur amazigh, grand espoir de la région… | ABAVBA – Les Belges d’Agadir et de la région – De Belgen van Agadir en de regio


