
Autour du 13 janvier, date agraire traditionnelle de Yennayer, et à la veille du 14 janvier désormais jour férié national payé, le Maroc entre dans l’année 2976 du calendrier amazigh.
Du Rif à l’Atlas, du Souss aux confins sahariens, les Imazighen célèbrent le Nouvel An amazigh par des veillées familiales, des plats d’abondance et une intense programmation culturelle.
À Agadir et dans le Souss-Massa, un programme du 11 au 15 janvier donne une visibilité particulière à cette fête, sans pour autant la réduire à une seule région.
Un peuple enraciné depuis 11 000 ans
Les Amazighs, ou Imazighen ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⵏ en tifinagh, forment le peuple autochtone d’Afrique du Nord.
Les recherches archéologiques et historiques les rattachent à une présence continue depuis le Néolithique capsien (environ 9000–7500 av. J.-C.), quand des communautés de chasseurs-cueilleurs se sédentarisent dans un Sahara alors verdoyant, entre Maghreb et Nubie.
Peintures rupestres du Tassili n’Ajjer, villages agricoles et outils de pierre polie témoignent de cette évolution in situ, nourrie par des échanges méditerranéens, sans grande migration fondatrice unique.
Dans l’Antiquité, Grecs et Romains parlent des Libyens, Numides ou Mauri. Des royaumes amazighs s’étendent des rivages atlantiques à la Cyrénaïque, tandis que se développe un alphabet propre, le libyque-tifinagh, ancêtre de l’écriture amazighe actuelle.
Des Amazighs pluriels : la mosaïque marocaine
Au Maroc, l’amazighité se décline en plusieurs grands ensembles ethnolinguistiques, tous amazighs mais chacun avec son histoire, sa langue et ses pratiques de Yennayer.
- Au nord, les Rifains (parlant le rifain ou tarifit) occupent les montagnes du Rif, de Nador à Al Hoceima et Taza. Leur parler, de la branche zénète, a ses propres sons et poésies, et le Rif a fait de la langue un enjeu identitaire central.
- Au centre, les locuteurs de la tamazight du Maroc central se répartissent entre Haut et Moyen Atlas (Azilal, Khenifra, Beni Mellal, Midelt). Le tamazight du Maroc central s’impose comme référence centrale dans la standardisation de l’amazighe au niveau national.
- Au sud-ouest, les Chleuhs (tachelhit) habitent le Haut Atlas occidental, l’Anti-Atlas, la plaine du Souss et une partie du littoral atlantique. C’est là qu’Agadir et la région Souss-Massa jouent aujourd’hui un rôle moteur dans la visibilité de Yennayer.
- À l’est et au sud-est, d’autres groupes amazighs (Figuig, Oriental, vallées présahariennes) parlent des dialectes proches tantôt du rifain, tantôt du tamazight. Dans les zones sahariennes, l’amazighité se mêle à la culture hassanie, sans disparaître.
Malgré ces nuances de langue, de musique, de costume ou de cuisine, tous se réclament de la même trame historique et culturelle : celle des Imazighen, « hommes libres », pour qui Yennayer est un fil commun.
Yennayer : le calendrier agraire ancestral
Yennayer ne désigne pas seulement « janvier » en amazighe : c’est le premier jour du calendrier agraire issu du calendrier julien, utilisé depuis l’époque romaine en Afrique du Nord pour rythmer la vie des champs.
Techniquement, le calendrier amazigh reste calé sur le calendrier julien :
- 1er janvier julien correspond aujourd’hui au 13 janvier du calendrier grégorien (décalage de 13 jours).
- Traditionnellement, les communautés rurales situent les grandes veillées de Yennayer autour du 12–13 janvier.
Ce choix n’est pas arbitraire : il repose sur des repères agronomiques et astronomiques.
Dans la tradition agraire amazighe, le début de l’année coïncide avec :
- la fin des « nuits noires » (udan iberkanen), période des nuits les plus froides après le solstice d’hiver, et l’entrée dans les « nuits blanches » (udan imellalen), porte symbolique vers la lumière et le redoux ;
- le cycle du lever héliaque des Pléiades, réapparition au petit matin de l’amas des Pléiades, repère stellaire qui indique aux agriculteurs la période propice aux semailles tardives.
C’est cette logique agraire et stellaire qui fixe, dans les mentalités rurales, Yennayer autour du 12–13 janvier.
L’ère amazighe actuelle (2976 en 2026) est une construction militante récente.
En 1967, l’intellectuel algérien Ammar Negadi, figure centrale du militantisme amazigh en exil à Paris, propose de fixer l’an zéro du calendrier amazigh à l’année 950 av. J.-C., moment de l’accession au trône d’Égypte de Chechnaq Ier (Sheshonq), pharaon d’origine libyenne.
Ce choix symbolique donne à Yennayer une dimension historique et politique supplémentaire : l’affirmation d’un moment où un souverain amazigh domine la vallée du Nil et offre ainsi au peuple amazigh une place ancrée dans l’histoire universelle. D’où l’an 2976 en 2026.
Rituels et traditions de Yennayer
Malgré la modernisation, beaucoup de gestes perdurent, surtout en zones rurales et dans certaines familles urbaines.
Purification du foyer
À la veille de Yennayer, la maison est rangée et nettoyée de fond en comble. On repeint parfois les murs à la chaux ; on remplace les pierres du kanoun, le brasero traditionnel central, en symbole de régénération du foyer ; on ouvre portes et fenêtres pour « laisser sortir » la misère et « laisser entrer » la nouvelle année. Des plantes (sauge, romarin, aiguilles de pin) peuvent être brûlées pour purifier l’air.
Enfants et rituels de transmission
La première coupe de cheveux d’un enfant né dans l’année se fait souvent ce jour-là, par l’aîné de la famille, pour lui assurer chance et longévité.
Jadis, certaines familles préparaient une tête de bœuf rôtie, symbole de force et de leadership.
L’abondance sur la table
La cuisine de Yennayer varie selon les régions, mais l’idée commune est de mettre l’abondance sur la table pour appeler l’abondance dans l’année.
On retrouve notamment :
- des couscous riches, souvent aux sept légumes ou aux légumes secs ;
- le cherchem, mélange de blé, fèves et pois chiches longuement cuit ;
- des plats spécifiques comme le r’fis en Kabylie ;
- des paniers de fruits secs, noix, dattes, figues, et des sucreries partagées après le repas.
Yennayer au Maroc : entre tradition et jour férié officiel
Le Maroc a franchi un cap en décidant, en 2023, de reconnaître le Nouvel An amazigh comme jour férié national payé. Les textes officiels fixent ce jour férié au 14 janvier, afin de correspondre de manière stable au 1er janvier du calendrier julien utilisé par le calendrier amazigh.
Yennayer n’est donc pas un jour unique, mais un cycle : les familles vivent leurs veillées, leurs repas et leurs rituels autour du 12–13 janvier, en suivant le calendrier agraire ancestral et le lever des Pléiades ; l’État marocain, lui, a cristallisé ce moment en fixant le jour férié national au 14 janvier, pour une
stabilité administrative et une correspondance nette avec le 1er janvier du calendrier julien.
Cette dualité reflète la tension créative entre tradition populaire et reconnaissance institutionnelle de l’amazighité.
Agadir et Souss-Massa : une grande scène de Yennayer 2976
Dans ce paysage national, Agadir et la région Souss-Massa jouent en 2976 un rôle de vitrine.

La commune d’Agadir, la wilaya, le conseil régional, le CRT et le Festival Timitar coordonnent un programme s’étendant du 11 au 15 janvier.
À partir du 11 janvier, les places, les parcs et les équipements culturels se transforment :
- Parc Ibn Zaydoun : expositions d’arts visuels amazighs, artisanat (tapis, bijoux, bois, poterie) et produits du terroir (argan, miel, amandes).
- Cinéma Sahara à Talborjt : projections, expositions photos et rencontres autour de la mémoire amazighe d’Agadir et du Souss.
- Agadir Oufella : visites commentées et événements qui articulent patrimoine amazigh et histoire contemporaine de la ville.
Des animations pour enfants – contes, ateliers de tifinagh, jeux traditionnels – sont programmées pour faire de Yennayer un moment de transmission aux plus jeunes.
Le 13 janvier, les célébrations montent d’un cran :
- concerts en plein air mêlant ahwach, reggada, musiques gnaoua et créations amazighes contemporaines ;
- spectacles dans les quartiers de Tikiouine et Bensergao, avec scènes ouvertes aux artistes locaux ;
- un grand spectacle de drones et feux d’artifice sur la corniche, associant motifs amazighs et ambiance sportive liée à la CAN 2025, dont Agadir est une des villes phares.
Une invitation est lancée aux habitants pour porter tenues traditionnelles (gandoura chleuha, djellaba, parures de bijoux) et faire de la nuit du 13 au 14 un moment de fête collective.
14 janvier, Id Yennayer 2976 : le jour férié officiel
Le 14 janvier, jour férié national, correspond au cœur institutionnel de la fête :
- cérémonies officielles, messages des autorités ;
- poursuite des spectacles et marchés ;
- forte présence de visiteurs nationaux et étrangers, attirés par l’ambiance de Yennayer et par la dynamique touristique de la région.
Une journée de clôture, le 15 janvier permet de revenir sur les temps forts, de mettre à l’honneur des acteurs culturels amazighs de la région et d’inscrire Yennayer dans la programmation annuelle d’Agadir, au-delà de la seule dimension événementielle.
Enjeux économiques et symboliques
Région agricole et touristique majeure, le Souss-Massa voit dans Yennayer un accélérateur de visibilité :
- la fête joue sur le tourisme culturel et mémoriel, complémentaire au balnéaire ;
- elle met en avant les savoir-faire locaux (argan, agrumes, pêche, artisanat) ;
- elle consolide l’image d’un Maroc amazigh pluriel, fier de ses racines et tourné vers l’Afrique.
Sur le plan symbolique, la reconnaissance du jour férié amazigh, l’officialisation de la langue et la multiplication de festivals et colloques traduisent une reconnaissance progressive de l’amazighité après des décennies de marginalisation.
Id Yennayer 2976 : fête amazighe transnationale
Les Amazighs, ou Imazighen, se répartissent sur un vaste espace, la Tamazgha, qui s’étend de l’oasis de Siwa en Égypte aux Îles Canaries, et de la Méditerranée au Sahel.
Yennayer y est célébré partout, avec des statuts et des dates proches mais pas identiques :
- Algérie : 12 janvier, jour chômé et payé depuis 2018 ;
- Libye : Yennayer intégré au calendrier national ;
- Tunisie : fête largement pratiquée sans statut officiel ;
- Diaspora : défilés et soirées culturelles à Paris, Bruxelles, Montréal, etc.
Partout, Yennayer condense la même idée : une entrée dans l’année par la terre, la famille et la mémoire.
Source : Célébration: Agadir se met à l’heure du Nouvel An amazigh 2976 – Aujourd’hui le Maroc, Histoire des Amazigh, Qui sont les Amazighs ?, La portée universelle de la civilisation amazighe, Origins, historical evidence and truth about Sheshonq, Berbères, Sheshonq Ier, Calendrier berbère, Yennayer, Amazigh (Berber) Nouvel An 2026 à Maroc, Nouvel An amazigh : quelles sont ses origines?, Comment est né le calendrier amazigh ?, Maroc : le Nouvel An amazigh désormais jour férié officiel, Yennayer – Nouvel An amazigh, Célébration du Nouvel An Amazigh 2976, Plat yennayer, Yennayer : Origines, Signification et Traditions en Algérie, Recettes Yennayer, assegwas ameggaz, La reconnaissance de Yennayer: symbole de l’amazighité renaissante, Yennayer : festivités et symboles, Langues berbères, Chleuh, Rifain, Qui sont les Berbères ? À la rencontre des Amazighs du Maroc, Les tribus berbères du Haut Atlas, Jours fériés Maroc 2026 – Calendrier complet, Les jours fériés au Maroc en 2026, Yennayer (Id Yennayer) 2976 au Maroc 2026 : jour férié, Au Maroc, Yennayer célébré pour la première fois lors d’un jour férié, Adoption du Jour de l’An amazigh comme jour férié, Le nouvel an amazigh déclaré jour férié et payé au Maroc, Yennayer – Wikipédia, Calendrier agraire amazigh, Ammar Negadi, Qui est Ammar Negadi?, Ammar Negadi, un bâtisseur de l’identité amazighe


